Centre d'Histoire Judiciaire
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20/02/2012 11:31 11:31 Il y a : 8 année(s)
Catégorie(s) : Séminaires

Les hommes de la décolonisation. Mémoires et itinéraires.

Séminaire le 30 mars 2012 à l'IHTP et le 31 mai 2012 au CHJ sur le thème " Les hommes de la décolonisation. Mémoires et itinéraires. "



Séminaire

 

Les hommes de la décolonisation. Mémoires et itinéraires.

 

L'Algérie

Le 30 mars 2012

à l'IHTP

 

Engagements individuels et décolonisation

 Le 31 mai 2012

au CHJ

 

Evènements organisés par

 

le Centre d’Histoire Judiciaire (CNRS, Université Lille 2),

l’IHTP (CNRS, Paris)

et le réseau RICODE,

avec le soutien de la MESHS

 

Ce séminaire, s’attachera, autour de la thématique générale des décolonisations, à mener une étude d’ensemble des acteurs des années de transition.

 

Il s’agira tout d’abord de s’intéresser aux itinéraires individuels et collectifs hérités de la période coloniale, qu’il s’agisse de diplomates, de « conseillers », de fonctionnaires, de juristes, de techniciens, d’enseignants ou de médecins. On s’intéressera à la présence et aux motivations d’acteurs qui jouent sur le terrain des rôles parfois différents : assurer la continuité de la présence de l’ancien pays colonisateur ; être au service de la transition ; œuvrer à l’indépendance de leur propre pays ou d’autres pays, etc.

 

Ces parcours seront saisis dans une dimension résolument internationale et comparatiste, ce qui signifie que les interventions pourront porter sur des territoires en Méditerranée, en Afrique ou en Asie qui dépendaient de l’ancien Empire français, mais également d’autres empires européens, voire plus généralement occidentaux. Un tel déplacement du regard permettra de mettre en évidence les points de ressemblance ou de divergence avec des systèmes coloniaux qui paraissent parfois extrêmement différents. L’approche comparée permet aussi la diversification des regards portés sur ces itinéraires personnels ou collectifs, en faisant appel à la fois à l’histoire politique, à l’étude du rôle des institutions et à l’analyse des comportements. La restitution de ces diverses dimensions permettra de comprendre plus finement la complexité des rapports, souvent marqués par le poids des représentations, entre les anciennes métropoles européennes et les « nouveaux » Etats.

 

Enfin, nous reviendrons sur les sources qui permettent d’étudier la place et l’œuvre des acteurs de la décolonisation. C’est sans doute la richesse de ces différentes sources qui explique qu’une attention particulière sera portée à l’apport de la parole des acteurs à la compréhension de l’événement et des évolutions. Un certain nombre d’acteurs de cette période sont encore en vie et leurs témoignages pourraient fournir des indications essentielles en l’absence d’archives écrites. Le recours aux témoignages place de plus en plus les questions de mémoire au cœur des préoccupations de l’historien et du chercheur en sciences humaines, qui veulent mieux comprendre les continuités ou les discontinuités post-coloniales, compléter ou mesurer le rapport au réel des archives « officielles ». L’objectif est donc de confronter l’histoire et la mémoire, en débattant notamment de la « fabrication » et de l’exploitation de l’archive orale.

 

La première séance aura lieu le 30 mars 2012 à l’IHTP et sera dédiée à l’Algérie.

Cette séance à deux voix dédiée à l’Algérie s’inscrit dans le cadre du cinquantenaire de l’indépendance de cet Etat.

 

Hocine Aït Ahmed, une pensée politique en action (1945-1963), par Jean-Pierre Peyroulou (Cemaf, Paris)

 

Depuis les premiers travaux de M. Harbi, l’historiographie récente du FLN souligne la nature polymorphe du FLN, instrument de libération anti-coloniale mais aussi de coercition. Après quelques décennies de sacralisation tiers-mondiste et à la lumière de la décennie de guerre civile, les études récentes montrent que la violence, largement imputable à la colonisation, était aussi constitutive de la culture politique du FLN, les hommes du Premier novembre l’ayant souvent intégré, non seulement contre le colonisateur, mais aussi dans les rapports avec leur propre peuple. Cette observation générale peut être nuancée en fonction des hommes.

En effet, sur le rapport à la violence comme moyen de relation au peuple, Hocine Aït Ahmed occupe une place singulière. La vie militante du dernier “chef historique” vivant du FLN avec Ben Bella, est relativement connue, même si aucune biographie ne lui a été consacrée, à la différence des autres grands acteurs du nationalisme algérien comme Abbas, Messali , Ben Bella , Boudiaf…. Sa pensée n’a jamais fait l’objet de véritable étude, alors qu’elle est sans doute l’une des plus singulières et des plus constantes parmi celles des dirigeants nationalistes algériens. C’est sur cette dernière que nous voudrions nous arrêter pour la période qui correspond au combat nationaliste entre 1945 et 1963, date à laquelle il démissionna de l’Assemblée constituante algérienne, écran de fumée devant le tout puissant Bureau politique du FLN auquel il refusa de participer. Cette position le conduisit à passer en 1963 dans l’opposition et dans la clandestinité en Kabylie.

 

Les pays arabes et la question algérienne 1945-1962, par Samia El-Mechat (Université de Nice-IHTP)

 

L’analyse de la relation entre l’indépendance algérienne et l’action d’hommes de pouvoir dans les pays arabes reste une question délicate. Ce point revêt pourtant un intérêt scientifique particulier. L’action internationale et la « solidarité » des « Frères » arabes pendant la guerre d’indépendance et au-delà font en effet l’objet d’interprétations divergentes. Des mouvements complexes et contradictoires ont caractérisé les politiques algériennes des dirigeants arabes du Maghreb et du Machrek. Cette approche, qui s’inscrit dans une histoire globale du rôle des forces internationales dans les processus de décolonisation et d’affirmation des souverainetés nationales, vise à mieux repérer les enjeux, à saisir les interactions et les dynamiques à l’œuvre.

 

Séance du 31 mai 2012 intitulée : « Engagements individuels et décolonisation », 14h-17h, Centre d’Histoire Judiciaire, Faculté de Droit, Lille

 

L’indépendance du Congo belge. Mwissa Camus, doyen des journalistes congolais, par Marie Fierens (Université libre de Bruxelles)

 

L’accession du Congo belge à l’indépendance est le fruit d’une évolution politique à laquelle de nombreux individus ont été associés d’une manière ou d’une autre.

Nous proposons de retracer le parcours de l’un deux ; Mwissa Camus, le doyen des journalistes congolais, né en 1931, afin de cerner comment sa trajectoire personnelle, en tant que personne appartenant à l’« élite », peut éclairer la trajectoire de son pays jusqu’à la date historique du 30 juin 1960.

En nous basant sur un entretien réalisé avec lui en 2010, sur ses notes de réflexion à propos de la presse de son pays [1], sur des articles de journaux congolais de 1960 ainsi que sur des témoignages de seconde main [2], nous suivrons son itinéraire dans le contexte politique d’alors.

Brillant élève de l’enseignement missionnaire, il est engagé en 1950, un peu par hasard, par le journal catholique Le Courrier d’Afrique. Il est un des premiers Congolais à intégrer une rédaction – blanche comme toutes les autres à l’époque. Il a pour consigne de ne rédiger que des articles sportifs et de ne pas se mêler de politique [3]. Mais en 1956, il se joint à un groupe d’« évolués » [4], désireux d’établir un dialogue entre Belges et Congolais, pour rédiger le Manifeste de la Conscience africaine, premier document à parler d’émancipation politique.

Le Manifeste ainsi que les réactions qu’il a suscitées marquent l’éveil des consciences et font rapidement évoluer les idées ; le journalisme congolais s’en ressent. En 1958, les Congolais reçoivent l’autorisation de posséder leur propre organe de presse [5]. Ces nouveaux journaux relaient leurs revendications : davantage de reconnaissance de la part des colons et plus de justice. L’indépendance n’est pas encore une préoccupation majeure. C’est à cette époque également que sont autorisés les premiers partis politiques ; Mwissa Camus crée l’Union progressiste congolaise [6].

Quelques années plus tard, les prises de positions se radicalisent et l’indépendance est au cœur des débats. Les Congolais qui prônent une autonomie immédiate, synonyme selon eux de la fin de « l’asservissement [7] » , se confrontent à ceux qui veulent que des cadres capables de diriger le pays soient formés préalablement. Mwissa Camus fait partie de cette deuxième catégorie.

« Lorsque le mot ‘indépendance’ a été lâché et qu’on voyait ceux qui s’agitaient pour courir derrière ce mythe, nous nous sommes dit : ‘Le pays est foutu. (…). C’est bien beau de prôner l’indépendance immédiate. Mais demain les Blancs vont partir : qui va enseigner à l’université, qui va diriger le service des impôts, le parquet, etc. ?’ » [8].

Ses prises de positions ainsi que celles d’autres intellectuels n’y changeront rien : le 30 juin 1960, le pays accède à l’indépendance.

Acteur presque malgré lui de l’émergence de la presse congolaise, quelques années plus tard Mwissa Camus portera publiquement ses propres revendications politiques. En le suivant tout au long des années qui ont précédé l’indépendance, nous verrons comment son parcours peut témoigner de l’émergence du métier de journaliste au Congo, de la position sociale et bientôt politique de ces nouveaux « professionnels » ainsi que des ambigüités de leur position vis-à-vis des processus d’émancipation en cours. Cette démarche permettra également de s’interroger sur la façon de considérer le journaliste congolais de 1960 : était-il un « acteur », un « témoin », un « figurant » ou encore un « instrument » de la décolonisation ?

 

Gaston Defferre, un avocat de l’émancipation des territoires d’outre-mer sous la IVème République, par Benoît Hannart (Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence)

 

Impliqué dans trois temps forts qui auront rythmé la IVème République, Gaston Defferre s’est investi fortement dans le devenir des territoires d’outre-mer fédérés au sein de l’Union Française et fut l’un des meilleurs spécialistes du sujet au sein du parti socialiste-SFIO. Chargé d’une mission d’évaluation suite aux émeutes de Madagascar pendant l’été 1947, il fut presque dix ans plus tard, le promoteur déterminé de l’autonomie des territoires de l’AOF, de l’AEF , de Madagascar, du Togo et du Cameroun avec la loi-cadre n°56-619 du 23 juin 1956 et ses décrets d’application. Son adoption fit l’objet d’un large consensus, mais sa mise en œuvre fût contrariée par l’accélération de l’histoire, entre la décomposition progressive de la présence française en Algérie et l’aspiration inéluctable de plusieurs leaders africains à une réelle maîtrise de leurs destins politiques.

Les événements d’Algérie ont été un autre fait, permettant à Gaston Defferre de marquer sa différence en prônant la négociation plutôt que l’usage de la force et de la torture. Homme politique d’anticipation et de modernisation, il fût l’un des acteurs majeurs d’une décolonisation pacifique de l’Afrique Noire en prônant une troisième voie entre le colonialisme borné et l’abandon pur et simple des anciennes possessions françaises outre-mer.

 

Portrait d’un ministre tunisien : Ahmed Mestiri ou l’exigence de souveraineté 1957-1960, par Samia El-Mechat (Université de Nice/IHTP)

 

En accordant à la Tunisie « l’indépendance dans l’interdépendance organisée », le Protocole du 20 mars 1956 s’inscrit dans le prolongement des Conventions de juin 1955. Il prévoit en effet le maintien d’une prééminence française dans les secteurs clés de la défense, des affaires étrangères et de l’ordre public. Or, pour les dirigeants tunisiens, l’indépendance signifie la fin de l’interdépendance et l’exercice de la souveraineté sans entraves. Le processus de décolonisation radicale est donc engagé dès 1956 et se prolonge durant ces années de transition qui voient s’opérer le difficile transfert des compétences. Cette communication s’attachera à mettre en perspective les modalités du transfert de souveraineté en privilégiant le point de vue de la partie tunisienne à travers le rôle et l’action de Ahmed Mestiri, secrétaire d’Etat à la Justice (1956-1958), aux Finances et au commerce (1958-1960).

 

Discutantes : Anne-Claire Bonneville (INALCO) et Florence Renucci (CHJ/CNRS)

 

Notes :

[1] Camus Mwissa, « Notules historiques sur la presse congolaise » (Kinshasa, s. d.).

[2] Dont le livre du journaliste belge François Ryckmans, Mémoires noires : les Congolais racontent le Congo belge, 1940-1960 (Racine, 2010).

[3] Le premier parti politique ne sera autorisé qu’en décembre 1957. Il s’agit de l’Action socialiste

[4] Mutamba Makombo. Du Congo belge au Congo indépendant, 1940-1960 : émergence des « évolués » et genèse du nationalisme (Publications de l’Institut de formation et d’études politiques, 1998).

[5] Isidore Ndaywel è Nziem, Histoire générale du Congo (De Boeck Université, 1998) : 521.

[6] Jean-Chrétien Ekambo, « Chronique de l’Indépendance » parue dans le quotidien Le Phare. Ekambo, (2010) et . Henri Grimal, La dé »colonisation (Editions Complexe, 1985) : 265.

[7] Patrice Lumumba à la conférence panafricaine de Léopoldville, août 1960, in Léonard Kapita Mulopo, P. Lumumba, justice pour le héros (Editions L’Harmattan, 1992) : 127.

[8] Mwissa Camus, Entretien personnel, 7 juillet 2010, Kinshasa.